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Les avocats de la défense de Hissène Habré ont élevé de la voix hier au courant d’une conférence de presse tenue à Dakar pour dénoncer ce qu’ils appellent l’acharnement contre l’ancien président
du Tchad. Me Elhadj Diouf et Me François Serre appellent les autorités sénégalaises à respecter la rétroactivité du droit pénal.
En conférence de presse, hier vendredi 22 août 2008 à Dakar, les avocats de la défense de Hissène Habré n’ont pas mâché leurs mots pour dénoncer l’attitude du Gouvernement sénégalais qui tient
vaille que vaille à organiser un autre procès contre l’ancien président du Tchad réfugié au Sénégal depuis plusieurs années.
« Quelle mouche a piqué le Gouvernement du Sénégal pour prendre le contre-pied de sa propre justice ? », s’est demandé Me Elhadj Diouf qui a fustigé la récente sortie du garde des Sceaux, Madické Niang dont les propos, selon lui, ont simplement trahi les intentions du Gouvernement sénégalais qui « souhaite » ce jugement. « Le discours de Madické est imprudent et prématuré. Il m’a déçu. Pourquoi est-ce que le Gouvernement tremble à chaque fois que les Ong crient ? », s’est-il demandé. « Quelle est la contrepartie, quel est l’enjeu de juger cet homme. Pourquoi chercher un mandat contre Habré. Pourquoi changer le code pénal d’un pays pour faire juger un homme ? », voilà les nombreuses questions que s’est posé François Serre, avocat français du collectif de la défense.
François Serre a rappelé que « l’indépendance judiciaire est un principe fondamental » qui dit par conséquent ne pas comprendre la raison pour laquelle les autorités sénégalaises s’acharnent aujourd’hui à vouloir faire juger cet homme alors que deux décisions judiciaires avaient été rendues par la justice sénégalaise sur cette affaire. « C’est inacceptable », dit-il. En juriste averti, il a évoqué le principe de rétroactivité du droit pénal qui est un principe fondamental. « Violer la rétroactivité et taire l’immunité d’un président en exercice. Il faut deux poids deux mesures », a laissé entendre François Serre.
Pour sa part, Me Elhadj Diouf a noté que Habré est interdit de parole, traîné dans la boue, sali pendant 8 ans et condamné avant même d’être jugé. « Cela suffit », a-t-il asséné avec force et conviction. Me Elhadj Diouf n’a pas manqué de s’en prendre aux organisations non gouvernementales qui vivent de l’affaire Habré.
Mais dès lors qu’il n’y a pas de plainte, pas d’accusation ni de preuve à ce jour qui démontre que Habré est responsable des crimes qui lui sont reprochés, il est évident qu’il y a une manipulation. Sur ce point précis, Me Elhadj Diouf est convaincu que Déby, alors chef de la sécurité, Khadafi et autres sont tous responsables des exactions commises au Tchad. « Nous savons ce qui s’est passé au Tchad entre 1982 et 1990. Onze chefs de guerre se battaient pour contrôler le pouvoir », a affirmé Me Elhadj Diouf. Selon lui, c’est la Libye qui souhaite le procès de Habré. « La vérité est sortie de la bouche du ministre libyen des affaires étrangères lors du sommet de l’Union africaine à Banjul où il a déclaré que Habré devait payer pour avoir tuer des enfants libyens », a-t-il laissé entendre.
Et d’expliquer que c’est parce que Khadafi a peur de cet homme qui l’a battu sur le terrain pour libérer sa patrie et récupérer la bande d’Aouzou riche en pétrole qu’il y a cet acharnement. « Mais quel est le parti du Sénégal dans cette affaire ?
À quoi sert l’autorité de la chose déjà jugée ? Pourquoi les autorités sénégalaises ont-elles refusé aux avocats de la défense l’accès au rapport sur le financement par l’Union européenne du procès de Habré ?
Voilà des questions qui méritent des réponses », s’intéressent les avocats.
Source: Sud Quotidien
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