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Vendredi 22 août, 300 000 Cachemiris étaient rassemblés à Srinagar pour réclamer leur indépendance. Le Cachemire n'avait pas connu un tel rassemblement depuis près
de 20 ans. La foule trop nombreuse et dechaînée a entraîné l'annulation du meeting. L'estrade sur laquelle devaient parler les orateurs s'est effondrée, trois leaders séparatistes ont dû être
évacués en urgence pour ne pas être écrasés par la foule, et un homme est mort.
Ces débordements n'ont pas entamé l'enthousiasme du mouvement séparatiste qui, depuis deux mois, renaît de ses cendres. A la sortie du meeting, des séparatistes
cachemiris, agitant des drapeaux, criaient : "Nous voulons notre liberté et nous allons la prendre de force."
Qu’ils soient pour le rattachement au Pakistan ou pour l’indépendance, les habitants du Cachemire, à plus de 95 % musulmans, se disent tous oppressés par l’Inde.
"Nous avons honte d’être considérés comme des Indiens. Nous ne voulons plus être Indiens, nous sommes musulmans, un point c’est tout", criait un motard. "Et nous voulons être rattachés au
Pakistan, nous sommes des musulmans pakistanais", ajoutait son compagnon. Dans la rue on entendait surtout le mot "Azadi" ("Liberté") mais aussi des cris a la gloire du Pakistan.
La plupart des Cachemiris accusent en particulier les hindous, majoritaires dans la région voisine, le Jammu, d’avoir mis en place un blocus économique afin
d’affaiblir une région que se disputent, depuis 1947, le Pakistan et l'Inde. Ce blocus s'opérerait sur la route qui relie Srinagar à la ville de Jammu, capitale de la region du même nom : ces
derniers jours, des hindous ont en effet attaqué des camions musulmans, comme l'explique Suhail Bachir, un médecin cachemiri qui travaille sur cette route.
“Avant, il y avait 2 000 camions qui transportaient tous les jours des produits de base sur la route de Srinagar, maintenant il n’y en a plus qu'entre 200 et 400.
Les gens de Srinagar ont peur d’aller au Jammu parce qu’ils savent qu’ils risquent de se faire agresser, caillasser, attaquer avec de l’acide. Ils craignent qu’on leur fasse du mal ou qu'on s'en
prenne a leurs camions", affirme Suhail Bachir.
Depuis plusieurs semaines, la ville de Jammu vit au rythme des violences quotidiennes. En mettant le feu à tout ce qu'ils trouvent, chaque jour des centaines extrémistes protestent contre le refus du gouvernement de céder quelques hectares de terre à un comité organisant un pèlerinage hindou au Cachemire musulman.
Les émeutiers tiennent des propos de plus en plus communautaires : "On a déjà donné le Pakistan aux Musulmans, on leur a fait une faveur !", "Ce pays est a nous", "Les Cachemiris travaillent avec
les services secrets pakistanais, nous on est seuls, si on était aidé il n’y aurait plus un seul musulman en Inde", crient-ils. Pour ces jeunes hindous, les Cachemiris sont des traîtres.
A Jammu, la population soutient les émeutiers et l'armée indienne a très mauvaise réputation. Elle est accusée de faire le jeu des musulmans en s'en prenant aux
hindous. “Partez et laissez les jeter des pierres !”, crie, du toit de sa maison, une femme, aux soldats qui viennent calmer les émeutiers.
Certains leaders nationalistes ont appelé au boycott des produits cachemiris qui, a Jammu, ont été brûlés sur la place publique. Pour attirer l'attention sur leur
cause, les habitants de la ville sont aujourd’hui prêts à tout : ils occupent en famille les commissariats. Une surenchère que le gouvernement indien n’arrive plus à contrôler.
Depuis dix jours, le couvre-feu a été imposé aussi bien au Cachemire qu'au Jammu. Mais les habitants n'en tiennent pas compte et défient la police. Lundi, quatre manifestants musulmans ont été tués, les trois leaders principaux arrêtés et 40 personnes blessées dans toute la vallée du Cachemire. La région n'avait pas connu une telle situation depuis la rébellion séparatiste de 1989 qui avait fait 43 000 morts.
IDRISS DEBY ITNO HUE A NEW YORK
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